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Questions pour mon amie psy :-)

J’ai eu envie de jaser avec mon amie, Stéphanie Léonard, qui est aussi psychologue et collaboratrice à mon émission,« Bien ». Ça fait plus de 30 ans qu’on se connaît et je me suis dit qu’elle serait parfaite pour nous donner un petit coup de pouce à travers cette pandémie. Même si le déconfinement est enfin là, la pandémie commence à peser et on a besoin pour se rappeler que oui, ça va bien aller ! Mais avant, j’ai d’abord voulu qu’elle nous parle de « Bien avec mon corps ». Un organise sans but lucratif fabuleux qui met de l’avant un sujet qui me préoccupe et qui me touche beaucoup!

Stéphanie : « En avril, ça a fait 1 an et ça faisait longtemps que je caressais ce rêve-là ! Je suis psychologue, oui, mais je me suis spécialisée avec tout ce qui est image corporelle, troubles alimentaires, préoccupation en lien avec l’apparence, le fait de ne pas être bien avec son corps… J’ai constaté que le dénominateur commun de bien des gens qui viennent me voir, c’est d’avoir vécu quelque chose de difficile quand ils étaient jeunes (durant l’enfance ou l’adolescence) en lien avec leur apparence physique.  J’ai donc eu envie de créer quelque chose pour les jeunes et j’ai lancé une plateforme web qui s’appelle : « Bien avec mon corps ». L’objectif, c’est de diffuser du contenu qui fait du bien, du contenu qui va aider les jeunes à se retrouver malgré toute la pression à laquelle ils sont exposés, principalement sur les réseaux sociaux. Plusieurs personnes collaborent à cette plateforme. On fait des vidéos, on rédige des textes… Et c’est tellement intéressant de voir la rétroaction. On réalise que les jeunes ont vraiment envie qu’on parle de ça, qu’on démystifie toutes les fausses croyances. Donc voilà ! « Bien avec mon corps » c’est une belle aventure et j’en suis très fière! »

Saskia : « C’est vrai que ça interpelle beaucoup les jeunes ! Je pense à ma fille, Simone, qui a 12 ans et qui aime beaucoup la plateforme. Nos jeunes sont souvent sur leur téléphone et c’est comme si ça leur donne l’impression que la perfection se trouve ailleurs… »

Stéphanie : « En fait, c’est que ça les amène à se comparer à des choses qui n’existent pas pour vrai. On se sent toujours mal finalement. Même si on est en 2020 et que ça s’améliore, il n’y a pas une diversité corporelle assez grande encore. Il faut que les jeunes se retrouvent en quelque part, parmi tous ces corps-là qu’ils peuvent voir, mais présentement, on voit encore davantage un certain type plutôt qu’une variété. »

Saskia : « Exactement ! Je sais que « Bien avec mon corps » c’est beaucoup pour les jeunes, mais je pense que nous aussi, les adultes, on peut se retrouver dans le contenu que vous offrez. Ça peut même nous aider à mieux accompagner nos enfants dans tout ça… Garçons et filles, c’est important de le préciser. Maintenant, je te mets en contexte : hier sur mes réseaux sociaux, j’ai invité les gens à poser une question pour toi aujourd’hui et j’ai eu à peu près zéro question ! Ça m’a amenée à me demander si la psychologie, c’était encore quelque chose de tabou en 2020… »

Stéphanie : « Oui et non. C’est-à-dire qu’on a fait beaucoup de chemin et je crois que la majorité des gens sont capables d’en parler à une personne près d’eux. C’est moins menaçant. Mais oui, il y a encore des gens qui voient ça comme si le fait de consulter un psychologue était synonyme d’avoir de très, très GROS problèmes. Heureusement, plusieurs ont compris que d’aller consulter, c’était s’offrir un beau cadeau. Bon, j’ai l’air de prêcher pour ma paroisse, mais c’est un beau cadeau qu’on se fait dans le sens où peu importe ce que l’on vit, ça ne peut pas faire de mal de s’accorder une heure par semaine ou par deux semaines pour faire le point sur soi-même.» 

Saskia : « Comme faire un petit ménage en fait!»

Stéphanie : « Aussi ! Mais oui, c’est vrai qu’encore en 2020, quand je rencontre quelqu’un pour la première fois et que je lui dis que je suis psychologue… Il y a encore cette espèce de petit tabou. Mais ça a beaucoup changé et c’est heureusement de plus en plus accepté. Ça fait moins peur!»

Saskia : «J’ai envie de débuter avec une première question. Une question qu’on est sans doute plusieurs à se poser : est-ce que c’est normal d’être à boutte et de ne plus se comprendre ? C’est ça que je ressens en ce moment. On dirait que je ne me comprends plus. J’en peux plus de cette situation-là. » 

Stéphanie : «C’est tellement normal et pour une tonne de raisons. Il y a beaucoup d’éléments qui expliquent ça. La première, c’est qu’on a perdu nos points de repère ; nos points de repère du quotidien (comme notre routine), mais aussi nos autres points de repère (comme notre travail). On ne sent pas bien parce que l’on est désorganisé… Oui, c’est vrai, notre routine ne doit pas être trop rigide, mais il ne faut pas oublier que notre routine, c’est aussi notre filet de sécurité.
Ensuite, il y a la fatigue. On se sent épuisé ! Le climat d’incertitude et de peur dans lequel on vit présentement… On n’a jamais vécu ça ! C’est possible de se sentir bien dans notre petit cocon, mais comme il se passe quelque chose de grave autour de nous, c’est difficile à gérer. Entre autres parce qu’on n’a pas de pratique. Ça ne nous est jamais arrivé avant (et c’est tant mieux), mais c’est un climat qui pèse et qui a un effet sur notre sommeil et sur notre humeur. Notre quotidien est complètement chamboulé présentement et ce sont tous ces petits moments qui, cumulés, nous épuisent et font qu’on ne se sent pas bien. Il y a eu une évolution aussi. Au début, plusieurs ont vécu un gros choc (comme une perte d’emploi ou une mise à pied temporaire). D’autres, qui travaillent au front par exemple, ont vu leur milieu de travail devenir de plus en plus stressant avec des conditions vraiment exigeantes. Puis, une fois le choc passé, on a été plusieurs à se demander : « Qu’est-ce que je fais ? Comment je redéfinis ma vie ? ». On avait le sentiment d’être un peu perdu… Ensuite, on dirait qu’il y a eu un grand « coup », l’isolement a frappé tout le monde. Une espèce de « je m’ennuie de voir les gens que j’aime ». D’avoir de l’affection aussi… Dernièrement, je vois plus une vague de découragement… On aurait aimé que ça prenne fin, que ça se termine maintenant. L’idée de ne pas pouvoir faire de projet avec l’été enfin là… C’est décourageant. De façon générale, tout le monde trouve ça difficile, mais à mes yeux, les gens qui trouvent ça le plus difficile, ce sont les gens qui habitent seuls. Autant les jeunes que les moins jeunes. Ces gens-là vivent un type d’isolement vraiment particulier et ils en souffrent beaucoup. C’est quelque chose qui me touche vraiment parce que même s’il existe des moyens virtuels, c’est mieux que rien, mais ça ne remplacent pas les vrais contacts humains. Heureusement que le déconfinement est enfin là. »

Saskia : « Et à l’opposé, il y a ceux qui sont à la maison avec leurs enfants, avec leur conjoint. C’est l’fun de pouvoir passer du temps en famille, mais on va s’le dire, ça vient aussi avec son lot de défis ! En tant qu’être humain, parfois, on s’endure moins… C’est une nouvelle réalité! »

Stéphanie : « Complètement ! Parmi les générations précédentes, je ne connais pas de gens, de parents et d’enfants qui auraient vécus ensemble 24h/24h pendant une aussi longue période de temps. C’est particulier quand même! 
La situation actuelle fait en sorte que le stress de chaque membre de la famille se cumule et que toutes les petites tensions déjà présentes s’amplifient (ex : l’ado qui ne se ramasse pas et qui bougonne, on l’a en dose extrême !). Être ensemble 24h/24h, c’est un apprentissage pour chaque membre de la famille, entre autres parce qu’on n’a pas notre petite bouffée d’air, notre petit moment pour nous… ou du moins, il est difficile à obtenir! Moi, je n’y arrive pas en tous cas! Mais il y a de beaux côtés à ça aussi. Certains disent que ça leur permet de découvrir de nouveaux côtés de leurs enfants ou de leur conjoint. Ça peut rapprocher aussi. On réalise que l’on réussi à passer au travers. Ça peut vraiment créer un effet de rapprochement et ça, je crois que c’est l’idéal quand on peut le ressentir comme ça. Mais c’est important de préciser que ça ne peut pas être comme ça 100% du temps. C’est donc encore plus important d’être bienveillant et indulgent envers soi-même et de se répéter que c’est normal d’avoir des moments où l’on se sent complètement à « boutte »!

Saskia : « Des moments où on s’endure moins… où on serait prêt à vendre nos enfants et peut-être notre conjoint aussi. ;) Ceci étant dit, ils nous vendraient sûrement eux aussi!  Mais là, enfin ! Dame Nature s’est décidée à nous offrir de belles journées! C’est le temps de sortir dehors, de prendre le grand air! Ça ne change pas le mal, mais ça peut nous aider, je me trompe? »

Stéphanie : « Tu as tout à fait raison. C’est d’ailleurs pourquoi ça a été difficile au début du confinement… La température n’était pas au rendez-vous. On était vraiment confiné entre 4 murs. Il y a tellement de bienfaits à sortir prendre l’air, à bouger, à s’activer… Le simple fait d’aller marcher, de faire le tour du bloc, c’est suffisant ! La luminothérapie que l’on peut aller chercher en période de plein soleil nous apporte beaucoup de bienfaits.»

Saskia : « De mon côté, je réalise (et je sais que je ne suis pas la seule) que je dors mal. C’est normal de faire de l’insomnie dans un contexte comme celui-là ? »

Stéphanie : « Oui, il y a même une étude qui a été réalisée récemment et qui révèle que le nombre de personnes qui souffrent d’insomnie depuis le début de la pandémie et du confinement a doublé ! Ça, c’est parce que deux éléments importants viennent faire obstacle à notre sommeil…
Le premier élément, c’est le manque de routine. Pour tous ceux qui ont un sommeil plus fragile, la routine est un élément de base. Lorsque la routine est perturbée, le sommeil l’est aussi.
Le deuxième élément, c’est toutes les inquiétudes qui planent dans l’air… On a parfois l’impression qu’elles ne nous dérangent pas tant que ça, mais elles nous habitent quand même. »

Saskia : « Est-ce qu’on essaie pas, d’une certaine façon, de se convaincre que ce n’est pas grave ? Évidemment, je ne parle pas de ceux qui ont vécu un décès ou de ceux qui travaillent aux premières lignes… Je pense plutôt à ceux qui, comme moi, vont bien, qui sont à la maison, qui savent que leurs enfants et leur famille sont en santé… On dirait qu’on essaie de se contenir, de se répéter que ce n’est pas grave… Mais malgré tout, le sommeil n’est pas au rendez-vous !»

Stéphanie : « C’est vrai. Il y a beaucoup de personnes qui ne comprennent pas pourquoi elles n’arrivent pas à dormir parce qu’elles ne se sentent pas stressées. Mais ce qui se passe, c’est que le climat plus global, lui, est stressant. Tout ce que l’on voit sur nos réseaux sociaux, tout ce que l’on entend sur les réseaux d’informations, tout est relié à la COVID et ça, ça nourrit beaucoup notre stress et nos inquiétudes. Même que la nuit, on est plusieurs à rêver à des bribes de choses que l’on a vues, lues ou entendues… C’est pourquoi il faut réduire le temps que l’on passe à suivre ces informations-là. Ceci étant dit, il faut être à jour et savoir ce qui se passe, mais à partir du moment où l’on a écouté le point ou que l’on a lu un résumé de celui-ci, c’est suffisant. Parce qu’il y a un lien réel entre la quantité d’information que l’on va chercher et notre niveau de stress. C’est comme si toutes ces informations venaient activer le stress. Cognitivement, on se met à réfléchir, à faire des scénarios et à faire, ce que j’appelle, les « tout d’un coup que…». 
Donc, c’est bien d’être informé, de se tenir au courant, mais trop d’information, c’est comme pas assez. On risque de ruminer ce trop-plein de nouvelles et c’est souvent la nuit que ça arrive parce que durant le jour, on est distrait, on est occupé, on bouge, on est dans l’action, mais quand on s’arrête, tout ça remonte. Bref, tout ça pour dire que c’est normal d’avoir de la difficulté à dormir en ce moment. Heureusement, il y a des choses que l’on peut faire pour s’aider à retrouver une bonne hygiène de sommeil. 

Saskia : « Oui, comme sortir de son lit quand on n’arrive pas ou plus à dormir, éviter les écrans avant d’aller se coucher, aller dans notre lit seulement pour dormir… »

Stéphanie : « Oui et on ne regarde pas l’heure ! Ça, les gens trouvent ça difficile, mais bien souvent, le déclencheur du stress quand on se réveille à un certain moment durant la nuit, c’est quand on regarde quelle heure il est… À ce moment-là, il y a un décompte qui commence : « Oh mon dieu, il est 3h45 am, mon cadran sonne à 7h am, je me suis couché à telle heure, il me reste tant de temps, etc. » Pendant qu’on fait tout ce processus-là, on s’active et ça, c’est complètement incompatible avec le fait de dormir. Sans compter que pour plusieurs d’entre nous, notre téléphone fait office de réveil-matin. Dans ce cas-là, c’est préférable de le mettre à l’envers (l’écran vers la table de nuit) parce que le réflexe de regarder l’heure quand on se réveille en pleine nuit est très fort. 
Mais si on ne sait pas quelle heure il est quand on se réveille, si on en sait pas depuis combien de temps on dort ou combien de temps il nous reste, que l’on met ça de côté, ça nous donne un peu plus d’outils pour essayer de se concentrer à relaxer et de rediriger vers un état qui va nous ramener dans le sommeil. »

Saskia : « Après trois mois de confinement, quels seraient tes conseils ? Aurais-tu des trucs à nous partager pour la suite des choses ? »

Stéphanie : « La routine, je sais qu’on en parle beaucoup, mais reste qu’il y a une partie de cette routine-là qui est importante. Elle n’aura peut-être pas l’air de la routine d’avant, mais c’est essentiel d’en avoir une quand même. Pour certains, il faut l’aménager aussi. Je pense à ceux qui se couchent très, très tard et qui se lèvent très, très tard… Ça vient directement empiéter sur le temps où l’on peut profiter de la luminosité de l’extérieur. Aller dehors, ça aussi c’est important. 
Pour ce qui est des contacts humains… On peut maintenant se rassembler en respectant certaines balises, mais il reste que l’on ne pourra pas faire comme on faisait avant. Néanmoins, ce qui est essentiel, c’est d’essayer de rester en contact avec les gens qui nous font du bien. Ça peut être en leur parlant, en allant porter un petit quelque chose sur le pas de leur porte… Tous ces gestes-là font une différence.
Ensuite, comme je le disais, on limite l’information à laquelle on s’expose. Un des points que j’aimerais ajouter aussi, c’est quelque chose que l’on a vu apparaître au fil des semaines de confinement… C’est cette espèce de pression à bien vivre son confinement. On n’a pas besoin de performer dans notre confinement. On n’a pas à se sentir coupable si l’on continue d’acheter notre pain au lieu de le faire nous-même. On n’a pas non plus à se sentir « poche » de ne pas avoir envie de bouger. Soyez indulgent et bienveillant envers vous-même. Cette pression-là que l’on se met ne nous apporte rien. C’est normal que l’on trouve ça difficile, c’est normal que l’on ait pas le goût de bouger… Oui, il faut parfois essayer de s’aider à se motiver, mais à la base, je pense qu’il faut plus être indulgent, prendre soin de nous et se dire que l’on fait notre possible et que c’est très correct comme ça. C’est difficile aussi de se motiver parce qu’il y a plein d’obstacles. C’est ce qui fait qu’on se retrouve à ne pas trop savoir quoi faire. On est démotivé, on est désintéressé et c’est normal ! Ce qu’on souhaite, c’est que ça ne dure pas, mais si ça devait durer un an et bien là je te dirais qu’il faut qu’on se trouve des moyens. Mais là, de se taper sur la tête, de se dire qu’on est nul, c’est non ! C’est préférable de se dire qu’on ne trouve pas ça facile. Parce que c’est vrai que ce n’est pas facile. Ce n’est ce que l’on a choisi comme vie. On ne peut pas s’accomplir, c’est comme si on avait les poings liés alors à un moment donné, c’est normal de manquer de motivation. Au début du confinement, certains avaient de grands projets, mais c’est normal qu’on s’essouffle. »   

Enfin, nous vivons un certain retour à la normal. Mais il reste que la pandémie on s’en souviendra longtemps. 

Prenez soin de vous! Une journée à la fois xxxx

Saskia

Bien avec mon corps
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Rédaction par Stéphanie Roy.